Pionnier Radioamateur

QUI FUT LE VRAI PIONNIER DU RADIOAMATEURISME FRANÇAIS ?

Dernière mise à jour le 5 avril 2026

André RISS, Léon DELOY, Pierre CORRET… ?

Qui est le “Premier” radioamateur Français?

L’attrait intemporel de la communication radio réside dans sa capacité à transcender les distances, à relier des points éloignés et à forger des communautés au-delà des frontières géographiques.
Cette fascination, ancrée dans la curiosité scientifique et la prouesse technique, a donné naissance au radioamateurisme, un domaine où l’expérimentation et le désir de connexion humaine se rencontrent.
La question de savoir qui fut le “premier” radioamateur en France ne se résume pas à une réponse unique et simple.
Il s’agit plutôt d’une riche mosaïque historique, tissée par des efforts de diverses natures : ceux qui ont initié les premières expérimentations, ceux qui ont accompli des prouesses techniques révolutionnaires, ceux qui ont obtenu la reconnaissance officielle des autorités, et ceux qui ont œuvré à la popularisation de ce loisir.

Au cœur de cette quête du “premier”, André RISS, de Boulogne-sur-Mer, détient la distinction d’avoir reçu la toute première licence officielle délivrée en France le 8 septembre 1921.
Son indicatif, 8AA, le place en tête d’une liste de pionniers dont les indicatifs commençaient par le numéro 8, marquant ainsi le début formel d’une activité réglementée.
Toutefois, il est important de reconnaître qu’il est complexe de désigner un unique “premier” radioamateur, car de nombreuses personnes ont mené des expériences de radio sans fil de manière indépendante à la même époque.
Cette nuance souligne une évolution fondamentale : le passage d’une pratique purement informelle et exploratoire à un domaine reconnu et encadré par la loi.
Cette transition constitue un jalon historique majeur, signalant la naissance officielle du radioamateurisme en tant qu’activité légitime, bien que soumise à un contrôle étatique.
Le préfixe “8” attribué aux premiers radioamateurs autorisés, comme RISS(8AA) et DELOY (8AB), ne constitue pas un simple identifiant aléatoire ; il s’agit d’une signature historique directe des origines officielles du radioamateurisme français, distinguant une ère fondatrice avant la généralisation des préfixes “F”.

Les prémices de la TSF en France : Un contexte révolutionnaire

L’émergence du radioamateurisme en France s’inscrit dans le sillage de découvertes scientifiques mondiales en télégraphie sans fil (TSF).
Des figures internationales comme Heinrich HERTZ, Alexander POPOV et Guglielmo MARCONI ont jeté les bases théoriques et pratiques de cette nouvelle ère de communication.
Les premières démonstrations de Marconi, notamment la liaison trans-Manche entre Douvres et Wimereux en 1899, ont eu un impact direct sur la France, illustrant le potentiel concret de la radio.

La France a également apporté des contributions fondamentales.
Édouard BRANLY, avec son invention du “cohéreur” en 1890, a créé un dispositif essentiel pour la détection des ondes radio, le positionnant comme une figure clé de la TSF.
Eugène DUCRETET, quant à lui, a réalisé une liaison radio en morse entre la Tour Eiffel et le Panthéon sur 4 kilomètres en novembre 1898, établissant la Tour Eiffel comme un centre précoce et proéminent d’expérimentation radio à Paris.
Cette station a par la suite permis des liaisons avec Londres dès 1899.

Les premières activités d’amateurs documentées en France remontent à 1907, avec le premier QSO “officiel” entre P. LOUIS et M. JOSEPH.
Cette liaison, effectuée sur une distance de 3 kilomètres avec des équipements rudimentaires tels qu’une bobine de Ruhmkorff et une bobine d’allumage de voiture pour l’émission, et un cohéreur de Branly pour la réception, témoigne de l’ingéniosité des premiers passionnés opérant en dehors de tout cadre formel.
Cet événement, qualifié de “premier QSO officiel français”, s’est déroulé bien avant l’octroi des premières licences officielles en 1921.
La fondation de l’Union des Sociétés de TSF de France en 1908 révèle un niveau significatif d’auto-organisation et de reconnaissance au sein de la communauté des amateurs, même en l’absence d’une réglementation étatique généralisée.
Cela suggère que la notion de “radioamateurisme” en tant qu’activité reconnue, avec ses propres jalons internes “officiels”, a précédé et peut-être même stimulé la régulation formelle par l’État, soulignant la nature populaire des origines de ce loisir.

Le contexte réglementaire commençait tout juste à se dessiner.
Un décret du 5 mars 1907 a classifié les stations radiotélégraphiques et a exigé des autorisations des PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones) pour les installations privées et temporaires, marquant une première tentative d’ordonner l’utilisation des ondes.
L’union des sociétés de TSF de France, fondée en 1908, a offert un cadre crucial, aidant l’activité amateur à obtenir une reconnaissance juridique et une voix collective.

La première guerre mondiale (1914-1918) a eu un impact profond.
La télégraphie militaire est devenue primordiale, entraînant l’arrêt des émissions d’amateurs et la mobilisation de nombreux opérateurs et techniciens civils au sein du 8e Génie (corps du génie militaire).
Cette période, bien qu’elle ait temporairement supprimé l’activité amateur, a paradoxalement accéléré le développement de la technologie radio en raison des impératifs militaires.
L’intérêt précoce des militaires, notamment du Général FERRIÉ, pour la TSF, et la subséquente absorption des opérateurs civils pendant la guerre, démontrent que les besoins stratégiques de l’état ont à la fois contraint l’activité amateur et, de manière inattendue, stimulé les avancées technologiques qui profiteraient plus tard à la communauté des radioamateurs.
Cette dynamique a façonné l’environnement réglementaire et la perception publique de la radio dès ses débuts.

André RISS (8AA) : Le premier indicatif officiel

L’environnement réglementaire pour les utilisateurs de radio privés en France était particulièrement contraignant.
Depuis le décret-loi du 27 décembre 1851, un strict monopole d’état sur les télécommunications était en vigueur, rendant toute opération radio privée illégale.
Le chemin vers la légalisation du radioamateurisme fut long et complexe.
Le décret-loi du 24 février 1917 marqua une première étape timide, se contentant d’« envisager » l’établissement de postes radioélectriques à usage des particuliers.
Il fallut attendre l’arrêté du 2 juin 1920 pour que les « conditions d’établissement et d’usage des postes radioélectriques concédés à des particuliers » soient enfin détaillées.
Ce cadre fut ensuite consolidé par le décret du 18 juin 1921, qui confirmait le « droit de communiquer par ondes courtes, pour essais et expériences », sous réserve d’une autorisation obtenue après un examen technique et juridique.
Le candidat admis recevait alors un « indicatif officiel » pour son poste d’émission.

Le 8 septembre 1921, André RISS, de Boulogne-sur-Mer, réalisa cet exploit historique.
Il obtient la toute première autorisation officielle de l’administration française pour installer une station d’émission amateur, se voyant attribuer l’indicatif « 8AA ».
Sa station était autorisée pour une puissance considérable d’un kilowatt, sur une longueur d’onde de 200 à 250 mètres.

L’obtention de cette licence par André RISS a marqué un tournant décisif : la naissance formelle et légale du radioamateurisme en France.
Cette transformation a fait passer cette activité d’une pratique illicite ou tolérée à une poursuite reconnue, établissant un précédent crucial pour l’utilisation réglementée de la radio par des particuliers.
Le parcours bureaucratique, jalonné par des décrets et arrêtés successifs (monopole de 1851, lois de 1917, 1920, 1921), révèle que l’obtention d’une licence amateur n’était pas une simple formalité, mais une bataille administrative ardue contre un monopole d’état profondément enraciné.
L’exigence d’un « examen technique et juridique » met en lumière la rigueur de cette première autorisation.
Cela indique que les premiers amateurs autorisés n’étaient pas seulement des techniciens compétents, mais aussi des individus persévérants, capables de naviguer dans un paysage bureaucratique complexe, soulignant les défis considérables auxquels étaient confrontés les premiers passionnés en France.

L’année 1921 a vu une expansion immédiate, bien que limitée, de l’activité amateur autorisée, illustrant la communauté naissante qui a suivi l’exemple de RISS.
D’autres pionniers ont également reçu des indicatifs commençant par “8” :

IndicatifNom de l’opérateur/clubLocalisationDate d’autorisation
8AAAndré RISSBoulogne-sur-Mer8 septembre 1921
8ABLéon DELOYNice1921
8ACMM. LAGIERMarseille1921
8ACMM. J. ROUSSELJuvisy-sur-Orge1921
8ADDM. CORRETVersailles1921
8AELucien JACQUETYacht “Commandant Tissot”1er janvier 1922 (autorisation 1921)
8AFRADIO CLUB DE FRANCEParis (Rue Monceau)24 novembre 1921
8BAM. MICHELSENSParis1921
8BMRobert DUPONTValenciennes1921

Le préfixe “8” attribué à ces premiers indicatifs constitue une marque distinctive de cette ère inaugurale.
Cette cohérence dans les indicatifs attribués à ce groupe initial de radioamateurs légalement reconnus renforce leur statut de pionniers et fournit un détail historique spécifique qui les relie directement aux fondements de la pratique réglementée en France.

Léon DELOY (F8AB) : L’exploit transatlantique qui changea tout

Léon DELOY, dont la station était située à Nice, est une autre figure emblématique du radioamateurisme français.
Il fut parmi les tout premiers à obtenir une autorisation officielle en 1921, avec l’indicatif 8AB (qui deviendra plus tard F8AB), bien que sa puissance autorisée fût initialement limitée à 100 watts.

La détermination de DELOY à établir des communications à longue distance était inébranlable.
Sa démarche proactive l’amena à se rendre aux États-Unis en 1923 pour assister à la convention de l’ARRL (American Radio Relay League) à Chicago.
Il y étudia “expressément les méthodes des amateurs américains”, visitant des stations réputées et recueillant des informations techniques cruciales pour construire son propre émetteur à ondes courtes.
Cette démarche illustre son engagement à repousser les limites du loisir.

Le 27 novembre 1923, Léon DELOY (8AB/F8AB) inscrivit son nom dans l’histoire en réalisant la première liaison radioamateur transatlantique bilatérale.
Ce contact révolutionnaire fut établi avec Fred H. SCHNELL (1MO), le responsable du trafic de l’ARRL, basé à West Hartford, Connecticut.
La communication eut lieu sur des ondes courtes, spécifiquement autour de 100 mètres, une longueur d’onde que les opérateurs commerciaux et militaires de l’époque considéraient auparavant comme inadaptée aux communications longue distance.

Les implications techniques et historiques de cet exploit furent considérables.
Ce succès a remis en question les idées reçues sur la propagation des ondes radio, démontrant que les fréquences courtes n’étaient pas seulement viables, mais supérieures aux ondes longues alors privilégiées pour les communications à grande distance.
Cette découverte, réalisée par des amateurs, a révolutionné la technologie radio à l’échelle mondiale.
Le rôle des radioamateurs en tant que banc d’essai non conventionnel pour des technologies révolutionnaires est ici manifeste.
Les entités commerciales et militaires établies avaient initialement ignoré ou sous-estimé le potentiel des ondes courtes.
La liberté et l’esprit d’expérimentation des opérateurs amateurs, non contraints par les pressions commerciales ou les paradigmes existants, leur ont permis de découvrir et de prouver l’efficacité d’une technologie qui allait transformer les communications.
Ce phénomène met en lumière un schéma récurrent dans l’histoire de la technologie, où les loisirs ou les activités “marginales” peuvent conduire à des avancées majeures ensuite adoptées par les industries dominantes.

— Ils nous font confiance —

L’exploit de DELOY a eu un effet d’entraînement mondial, ouvrant la voie à d’autres utilisateurs, y compris les services publics et militaires, pour explorer et exploiter les ondes courtes, modifiant ainsi fondamentalement le paysage des communications radio.
La collaboration internationale et l’échange de connaissances ont joué un rôle essentiel dans cette avancée.

Le voyage de DELOY à la convention de l’ARRL pour étudier les méthodes américaines et ses échanges ultérieurs avec SCHNELL illustrent que cette réussite n’était pas un exploit solitaire, mais un effort collaboratif international.
La communauté radioamateur naissante a transcendé les frontières nationales, favorisant un réseau mondial de partage de connaissances et de soutien mutuel, indispensable pour surmonter les défis techniques.
Pour son rôle pionnier dans la démonstration de l’utilité des ondes courtes, Léon DELOY a été distingué par la prestigieuse Légion d’honneur.

Cette réalisation fut également une victoire symbolique retentissante pour les amateurs face à l’establishment commercial et militaire.
Avant cet événement, seules des stations commerciales très puissantes étaient capables de maintenir des communications bidirectionnelles transatlantiques.
Le succès de DELOY, obtenu avec des équipements amateurs et une ingéniosité remarquable, n’était donc pas seulement une percée technique, mais aussi une affirmation profonde de la capacité des individus passionnés à accomplir ce qui était auparavant le domaine exclusif d’organisations puissantes et bien financées.
Cette narration de “David contre Goliath” a profondément résonné au sein de la communauté amateur, renforçant son identité et légitimant sa quête.

Pierre CORRET (F8AE) : Le vulgarisateur et pédagogue

Le Dr. Pierre CORRET représente un type de pionnier essentiel et distinct dans l’histoire du radioamateurisme français.
Médecin de profession, CORRET était un fervent passionné et expérimentateur des premiers jours, obtenant par la suite l’indicatif officiel “F8AE” en 1921, ce qui le place parmi la première vague d’amateurs licenciés.

Sa contribution la plus significative fut la publication de sa brochure intitulée “Télégraphie sans fils” en 1912.
Cette publication parut à une époque où le radioamateurisme était encore largement informel et où les informations techniques étaient rares et complexes.
L’impact de cette brochure fut profond.
Elle est décrite dans les récits historiques comme possédant une “savante simplicité” inégalée, rendant les concepts complexes de la télégraphie sans fil accessibles à un public plus large.
Cette accessibilité fut déterminante, car la brochure est créditée d’avoir été “le point de départ d’une envolée formidable de nouveaux amateurs” en France.

Le rôle unique de CORRET est celui de vulgarisateur et de pédagogue.
Il est célébré comme “le premier vulgarisateur, le pionnier de l’amateurisme français”.
Son travail a dépassé la simple expérimentation ; il a activement favorisé la croissance de la communauté amateur en démystifiant la technologie et en inspirant une nouvelle génération de passionnés à construire leurs propres stations et à explorer les ondes.
Cela met en évidence le rôle indispensable de la pédagogie dans le développement d’une communauté technique.
Tandis qu’André RISS a obtenu la première licence et Léon DELOY a réalisé la première liaison transatlantique, la contribution de CORRET a été fondamentalement différente : il a rendu le monde complexe de la TSF compréhensible.
Sa brochure a directement conduit à une “envolée formidable de nouveaux amateurs”, démontrant qu’une percée technique, aussi significative soit-elle, nécessite une vulgarisation et une éducation efficaces pour dépasser le cercle restreint des spécialistes et véritablement susciter l’intérêt d’une communauté plus large.
Sans des personnes comme CORRET, les premières graines du radioamateurisme n’auraient peut-être pas pu s’épanouir en un loisir aussi répandu.

CORRET a également participé activement à la pratique radio dès ses débuts, comme en témoigne sa liaison avec Pierre LOUIS (F8BF) entre Versailles et Orléans en 1911, réalisée à l’aide d’un arc Moretti et d’un récepteur à galène.
Son rôle d’éducateur, en tant qu’amateur lui-même, suggère que la communauté radioamateur primitive ne se limitait pas à l’expérimentation individuelle, mais englobait également l’apprentissage collectif et l’entraide.
L’acte d’écrire un guide complet et simple implique une reconnaissance que la croissance du loisir dépendait de la capacité à donner aux nouveaux venus les moyens de comprendre et de construire leur propre équipement.
Cela souligne l’aspect pédagogique inhérent aux débuts du radioamateurisme, où les “hams” expérimentés ont activement formé la génération suivante, une tradition qui perdure encore aujourd’hui au sein de la communauté.

L’héritage des pionniers et l’émergence du REF

Les efforts collectifs et les triomphes individuels de ces premiers pionniers – des expérimentateurs informels aux premiers opérateurs officiellement licenciés, en passant par les bâtisseurs de liaisons transatlantiques et les vulgarisateurs essentiels – ont jeté les bases indispensables à l’organisation formelle de la communauté radioamateur française.

Ce travail a culminé avec la création du Réseau des Émetteurs Français (REF), fondé à Paris en avril 1925.
Le REF est devenu l’association nationale centrale pour les radioamateurs en France, dont l’importance a été formellement reconnue en novembre 1952, lorsqu’elle a été déclarée “association reconnue d’utilité publique” (ARUP).
Les objectifs fondateurs du REF, qui guident toujours sa mission, sont de promouvoir le radioamateurisme en France, de défendre les intérêts des radioamateurs, de faciliter les échanges techniques, de contribuer à l’amélioration des connaissances en radiocommunications et de favoriser les liens amicaux entre les passionnés.
L’établissement du REF en 1925 marque une transition cruciale d’une collection d’individus passionnés vers une communauté formalisée et organisée.
Les objectifs de l’association démontrent une compréhension collective que l’avenir du loisir dépendait de l’unité et de la défense de ses intérêts.
Cela illustre un schéma plus large dans le développement de nombreux domaines spécialisés : les percées individuelles initiales sont suivies par la formation de sociétés pour standardiser les pratiques, partager les connaissances et représenter les intérêts collectifs auprès des autorités.

Le REF s’engage également à préserver son histoire par le biais de son “Service Historique du REF” (SHREF).
Ce groupe de travail dédié est chargé de la consultation sur les questions historiques, de la gestion et de la préservation du patrimoine historique des radioamateurs, y compris les archives et l'”histoire des indicatifs”.
Le REF maintient également un musée à Tours (Musée Jean Wolf, LX1JW) qui expose des stations construites par des amateurs et des équipements historiques, soulignant l’ingéniosité requise par les premiers radioamateurs pour construire leur propre matériel.
L’accent mis par le musée du REF sur les “stations fabriquées par les OM” (opérateurs amateurs) et l’exigence historique pour les candidats à l’examen de présenter un émetteur de leur fabrication, soulignent que, malgré la disponibilité croissante d’équipements commerciaux et l’évolution des réglementations, l’identité fondamentale du radioamateur en France est restée ancrée dans l’expérimentation pratique, l’ingéniosité et l’auto-construction.
Cela suggère une valeur culturelle profondément enracinée au sein de la communauté amateur française, qui transcende la simple communication pour embrasser la maîtrise technique et l’esprit du “faites-le vous-même”.

L’évolution de la réglementation et des indicatifs au-delà des préfixes “8” initiaux témoigne d’une adaptation et d’une formalisation continues du loisir.
Les indicatifs français ont pris la forme F8xx en 1928, puis F3xx en 1933, F2xx en 1957, F1xx (pour les téléphonistes) en 1962, F5xx en 1965, F6xxx en 1967, et plus tard F4xxx/F8xxx en 1998, reflétant les changements dans les exigences de licence et techniques.

Voici un aperçu des jalons clés de la réglementation et de l’organisation du radioamateurisme en France :

AnnéeÉvénement réglementaire/organisationnelImpact sur le radioamateurisme
1907Décret PTT du 5 marsPremières classifications des stations, autorisations PTT requises pour le privé.
1908Fondation de l’Union des Sociétés de TSF de FranceReconnaissance juridique et organisation communautaire.
1912Publication de la brochure “Télégraphie sans fils” par Pierre CORRETVulgarisation des concepts, point de départ pour de nouveaux amateurs.
1914-1918Première Guerre MondialeInterdiction des émissions d’amateurs, développement militaire de la radio.
1917Décret-loi du 24 févrierPremière ébauche législative envisageant les postes radioélectriques privés.
1920Arrêté du 2 juinFixation détaillée des conditions d’établissement et d’usage des postes privés.
1921Décret du 18 juinConfirmation du droit de communiquer par ondes courtes après examen et autorisation.
1921Première autorisation officielle à André RISS (8AA)Naissance officielle et légale du radioamateurisme en France.
1923Arrêté et décret fixant les conditions d’opérateur et d’utilisationÉtablissement d’un cadre réglementaire plus précis, tutelle par la Direction de la TSF.
1923Première liaison transatlantique bilatérale (DELOY 8AB – SCHNELL 1MO)Révolutionne l’utilisation des ondes courtes pour la longue distance.
1925Création du Réseau des Émetteurs Français (REF)Union et organisation des radioamateurs français.
1926Remplacement des textes de 1923 par un nouveau décretÉvolution de la réglementation.
1928Les indicatifs d’appel français prennent la forme F8xxStandardisation des indicatifs.
1930Arrêté du 10 novembre (en vigueur jusqu’en 1983)Stabilité réglementaire pour plusieurs décennies.

La contribution sociétale des radioamateurs français est également significative.
Leur intégration dans les plans de secours nationaux (Plan ORSEC, Plan SATER) via la FNRASEC en 1972 leur permet de fournir des communications vitales en cas de catastrophes naturelles et de participer aux opérations de recherche et de sauvetage.
Cela illustre comment un loisir peut évoluer pour servir des intérêts publics plus larges.
L’intégration des radioamateurs français dans les plans d’urgence nationaux représente une évolution significative.
Cela démontre que les compétences uniques, les équipements et le réseau des radioamateurs ont été reconnus comme un atout vital pour la résilience nationale, en particulier lorsque les infrastructures de communication conventionnelles sont défaillantes.
Cette relation de cause à effet montre comment une activité récréative peut se transformer en un service public essentiel, consolidant ainsi sa légitimité sociétale et assurant sa pertinence continue.

En conclusion : Un héritage toujours actuel

La quête du “premier” radioamateur français révèle une histoire riche et complexe, où la réponse ne se trouve pas dans une seule figure, mais dans la reconnaissance d’un esprit pionnier collectif.
André RISS, en obtenant la toute première licence officielle, a brisé une barrière réglementaire cruciale, marquant la naissance légale du loisir.
Léon DELOY, par son audacieuse liaison transatlantique sur ondes courtes, a non seulement réalisé un exploit technique sans précédent, mais a aussi révolutionné la compréhension globale de la propagation radio.
Quant au Dr. Pierre CORRET, son rôle de vulgarisateur a été fondamental pour démystifier la TSF et inspirer une génération entière de futurs passionnés.
Chacun de ces individus a apporté une contribution unique et indispensable à la fondation du radioamateurisme en France.

L’esprit d’expérimentation, de construction et de compréhension est un fil conducteur constant dans l’histoire du radioamateurisme français.
Des premiers cohéreurs de Branly aux émetteurs à ondes courtes construits par DELOY, en passant par les efforts pédagogiques de CORRET, une curiosité insatiable pour l’expérimentation a toujours été au cœur de cette communauté.
L’accent mis par le musée du REF sur les stations construites par des amateurs et la poursuite continue de contacts à très longue distance et de modes spécialisés démontrent que cet esprit fondamental n’a pas faibli.
L’attrait durable et la pertinence du radioamateurisme résident non seulement dans la communication, mais aussi dans le défi technique pratique et le dépassement continu des limites technologiques, un héritage direct de ses fondateurs pionniers.

Le radioamateurisme continue de prospérer comme un domaine dynamique, constamment en phase avec l’évolution sociétale et technologique.
Son parcours historique, de l’expérimentation informelle au contrôle étatique, puis à l’organisation communautaire et enfin à l’intégration dans le service public, reflète l’adaptation plus large de la société aux nouvelles technologies.
L’évolution des réglementations et la diversification des activités montrent un loisir qui n’est pas statique, mais qui s’adapte continuellement aux avancées technologiques et aux besoins sociétaux.
L’histoire du radioamateurisme français est un microcosme de l’ingéniosité humaine, des défis réglementaires, de la construction communautaire et de l’utilité publique face à un changement technologique rapide, rendant son histoire profondément pertinente pour comprendre les paysages technologiques modernes.

Aujourd’hui, le radioamateurisme maintient son rôle de champ d’exploration technique (communications par satellite, EME, nouveaux modes de modulation) et de contribution essentielle au service public (communications d’urgence lors de catastrophes, soutien aux opérations de recherche et de sauvetage).
Il continue de favoriser les amitiés internationales et les échanges culturels.
L’héritage de ces premiers radioamateurs français, leur courage, leur ingéniosité et leur dévouement, continue d’inspirer les nouvelles générations à explorer les ondes invisibles qui relient l’humanité à travers le globe, assurant ainsi que l’esprit du radioamateurisme demeure aussi vital et pertinent aujourd’hui qu’il l’était il y a un siècle.


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Rédacteur: Webmaster (Joel T.) – Création RADIO COLLECTIF® – Tous droits réservés.

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